Bio

Hmmmm. Ok. Je n’ai pas fait les beaux arts.

J’ai découvert la peinture avec mon grand père, dans les années 80. Il nous amenait en vacances dans les Alpes. Il adorait les Alpes. Avec ma grand mère, ils louaient une maison pour un mois et avec mon cousin,  ils nous emmenaient vivre avec eux en août. Le matin mon grand père peignait dehors , avec un chevalet, des paysages de montagne. A l’huile. Je me souviens encore de l’odeur de la térébenthine. 

J’ai eu mes premières sensations créatives à cette période. J’adorais l’idée de cette liberté, choisir les couleurs en face de la page blanche – qui d’ailleurs contrairement à beaucoup de gens – ne m’a jamais fait peur mais représente pour moi l’idée de la liberté absolue.

Des études scientifiques m’ont éloigné de ce monde là. Alors élève ingénieur, à la mort de mon grand père emporté par un cancer en 1992, ma grand mère m’a offert tout son matériel de peinture.Au delà du deuil d’un grand père bienveillant et aimant, tout ce matériel que je connaissais bien, a été le déclencheur d’une passion qui ne s’est jamais tarie.

Bien sur que j’ai essayé les pinceaux et les vieux tubes de pépé, mais pris dans mes tourments de jeune adulte, et pas totalement au clair sur le sens de la vie, je les ai – pour un temps – négligés.

C’est complètement par hasard que la peinture m’a re-convoqué dans son monde quelques années plus tard. Lors d’une mission à Washington, où j’étais l’époque enquêteur sur les accidents d’avions et où je passais le plus clair de mon temps à écouter et analyser des « boites noires », mon binôme enquêteur me propose d’aller ce week-end là au Musée National de Washington. Je ne connaissais pas le monde des musées (mes parents sportifs n’ont jamais été trop portés sur  l’art). Et me voilà rendu plus ou moins à ce qui a été ma première «exposition ».

Je prends une claque monumentale en découvrant Georgia O’Keeffe. Alors évidemment il ne s’agit presque que de fleurs, et ce n’est pas un sujet de prédilection pour moi, mais la lumière qui se dégage de ses tableaux est monumentale. Je comprends à ce moment là que la lumière n’existe que par contraste. Le blanc n’est blanc que parce qu’il y a du sombre à coté.

Ce retour de mission déchaîne une frénésie chez moi. Je ressors tout le matériel de mon grand père, et je fais des essais. Sur toile, essentiellement. Et je pars dans des magasins de beaux arts. J’explore pendant plusieurs années tout ce qu’il y a de médiums et de techniques. Sans cours, sans prof, sans guide, sans rien. Tout ça aux détours d’une vie professionnelle à l’opposé de l’art et de la créativité.

Mais les années passent et le besoin de dessiner et peindre se précise : les pastels secs pour la sensualité du doigt qui estompe, l’aquarelle pour les transparences, et surtout pour le naturel du papier blanc (la lumière absolue, façon O’Keeffe!). Une exposition de Escher en Ecosse en 2015 me fait prendre conscience de la nécessité du « trait ». Je réalise à ce moment que j’aime les traits. Les traits droits. Les traits bizarres. Les gribouillis. Me revient à cette période le souvenir que, dès que je m’ennuyais en cours, je gribouillais.

J’ai, peu a peu, délaissé les pastels que j’aime énormément pour la magie de l’eau, de l’aquarelle, et des encres aquarelles. J’ai remplacé le dessin au crayon et à la gomme par des traits spontanés à l’encre, qui ne permettent aucun repentir. Parce que l’erreur et l’imprécision font partie de la vie et qu’il ne faut pas les masquer. Rien n’est selon moi aussi beau qu’un trait de construction raté qui apparait délicatement derrière un dessin. Il reflète un cheminement, un parcours, un essai. La vie dans ce qu’elle a d’imparfait.

Peu à peu, je chemine entre le besoin de précision dans les perspectives, et le besoin d’être libre dans les traits, dans une oscillation étrange entre la vraie vie et le monde des formes. 

Entre réalité et fantasme.